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SQUELETON avril 30 2015

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SQUELETON

Ce jour de Juin 1984, je décide d’aller faire une visite au phare de la Coubre.

Etant moi-même retraité de cette grande administration des Phares et Balises, j’y ai en quelques sorte mes entées.

N’habitant qu’à quelques encablures de la Palmyre, je me prépare pour une longue randonnée pédestre.

Le lieu du départ étant à plusieurs kilomètres du phare, j’emporte eau, pain, fruits et boite de conserve, servant à la restauration de mon être quand le besoin s’en fera sentir.

Avec les notions de météo acquises lorsque mon métier m’obligeait à prévoir un éventuel coup de tabac, j’optais pour une grande et belle journée ensoleillée.

Le plus gros problème pouvait être, le cas échéant, le manque de visibilité une fois en haut du phare.

Le jour commence à pointer. Mon sac à dos est installé et me voici, refermant la porte à clef derrière moi.

Le petit déjeuner prit à cinq heures cette matinée, pourrait me tenir l’estomac jusque tard sous ce soleil prometteur.

J’emprunte le chemin côtier, ou douanier suivant le but de la marche, me conduis à travers les dunes, de sable blanc, le long des pins Maritimes plantés pour empêcher le sable de s’envoler lorsque les tempêtes hivernales font rage dans cette pointe côtière.

J’aime sentir ce parfum de résine, ce varech desséché par les rayons du soleil, l’iode de la mer retirée pour la marée basse. Ce matin, il n’y a guère que la senteur des pins qui embaume mes narines fraichement réveillées d’une nuit de repos bien mérité.

J’avais la veille, désherbé mon petit jardinet, afin que celui-ci soit agréable aux éventuels visiteurs pour l’apéritif prolongé par le barbecue improvisé. La fatigue de ce nettoyage de printemps, m’avais quelque peu éreinté, aussi, de bonne heure au lit m’a permis d’être en pleine forme au réveil.

Me rendre à la pointe de la Coubre me prend deux grandes heures de marche. Le gardien, un homme assez trapus et souriant m’accueille comme à son habitude. Je viens régulièrement visiter son phare, discuter avec lui du bon temps, du temps ou moi aussi j’étais avec lui pour maintenir une garde permanente de la bonne marche des appareils électriques.

Ce temps-là est résolu, l’automatisation et le perfectionnement des moteurs ont eurent raison de notre vigilance.

De quatre gardiens nous n’étions que les deux seuls en poste fixe. Le radio phare qui en était la principale surveillance, avait ou était en instance d’être supprimé.

Les groupes électrogènes remplacés par des machines neuves à démarrage automatique, comme toute la mécanique adjacente ainsi que l’électricité.

Il boitait de plus en plus mon camarade, une vieille blessure contractée lors de son service militaire dans les lointaines colonies. Il m’en reparlait des fois, il avait cette blessure interne, celle que l’on ne voit pas. Brave parmi les braves il me demande si j’avais fait bonne route.

-Oui mon ami, et toi ici comment te sens tu?

- Il viennent de tout changer un fois de plus, ils ont mis un échangeur de lampes automatique.

-J’en avais entendu parler, et qu’est-ce que cela donne?

-Chaque lampe dure 1800 heures et comme sur cet échangeur il y en a six, tu vois un peu!

-Effectivement, tu ne sers plus à rien.

- Je te donne la clef de l’optique, regardes bien comment ça fonctionne, excuses moi de ne pas t’accompagner mais ma blessure me fait atrocement souffrir ce matin, en général l’orage n’est pas loin!

-Je redescends dans peu de temps, nous prendrons l’apéro que j’ai dans mon sac, il a était fabriqué par ma voisine, un Pineau de chez nous.

Les côtés droit des marches est couvert par un carrelage bleu turquoise d’une beauté sans égal. Je n’ai pas vu ce genre de finition dans d’autres phares, surement qu’il doit y en avoir mais je ne sais pas où. La rampe côté gauche est en cuivre rouge, une hypothétique dette de guerre. De mémoire, ce cuivre ainsi que le laiton de cette administration, servirait de stockage pour une éventuelle nouvelle guerre. Je n’ai jamais su si cette histoire de cuivre et laiton refondus pour en faire des obus était vraie.

Le cuivre terni de la rampe fait penser à un long, très long serpent marron montant au sommet de la tour.

J’ouvre la porte de la salle d’optique, et scrute le nouvel appareillage mis en place par les techniciens du Park de maintenance.

En effet la lampe du haut de l’échangeur est un peu noire. C’est celle-ci qui est en fonction, les autres et il y en a bien cinq servent à son remplacement lorsque celle-ci grille.

Comment diable font-ils pour qu’il tourne lorsqu’elle est grillée, si, je vois des cellules de détection sur les côtés de l’optique. Drôlement bien installé et finement positionnées.

Refermons soigneusement la porte à clef et admirons le paysage.

C’est grandiose, magnifique, la visibilité est extraordinaire, le vent n’est que très peu présent, et le soleil resplendit. La Tremblade, l’ile d’Oléron…

…Mais c’est le tonnerre, je me retourne aussitôt et surprise tout est noir comme l’ébène, les éclairs sont si près que mon étonnement m’angoisse. Dans les phares, tout est à la masse et lorsqu’il y a de l’orage, la foudre tombe sur le paratonnerre qui communique avec tout ce qui est métallique, y compris la rampe de cuivre pour finir dans la toile d’araignée enterrée au pied du phare.

J’étais physiquement bien conservé pour mon âge, la poitrine bombée et le ventre bedonnant, non pas dû à la bière que je ne bois pas, mais aux gourmandises sucrées. J’ai toujours cette taille en trapèze que les copains enviaient, me jalousaient parfois en disant que j’étais fier.

Pas du tout, je suis comme je suis. le front dégagé par les années, les yeux rappelant la noisette séchée, les sourcils symétriques et amincis donnaient une certaine virilité à mon regard.

Mes anciens cheveux d’ébène avaient fait place aux poivres et sel d’une longueur recouvrant les oreilles.

Il y a si longtemps… Je vous raconte cette aventure parce que je suis au-delà de ce que vous pouvez imaginer.

Je me hâte de refermer la porte donnant accès à la terrasse, et je descends du plus vite que je peux les deux escaliers de fer séparant la salle dite de veille et la couronne de l’optique.

Tout va bien, ma précipitation me fait arriver sur les marches de marbre gris allant jusqu’en bas de la tour.

Mon ami Jean attendait ma venue avec une certaine angoisse.

- Enfin te voilà, l’orage est survenu à une telle vitesse qu’il était impossible de prévoir.

-Je te jette la clef de l’optique et nous allons à la salle de contrôle.

Il attrape la clef jetée et au même instant, l’éclair passe sur le serpent de cuivre. Je n’avais pas pris garde à ma main droit, lorsque je lui ai lancé la clef, j’ai par habitude reposé la main sur la rampe. Ce serpent maudit est rouge brillant. La fraction de seconde a réussi à donner à cet immense cylindre de cuivre, la valeur qu’il avait à l’origine. Toute l’oxydation avait disparue.

La violence de l’éclair avec le tonner fait trembler les épais murs de la tour, mes jambes vacillent, Jean est projeté avec force contre le mur, la foudre vient de frapper.

-Jean, Jean, relèves toi c’est fini, il faut partir d’ici, elle va revenir!

Mon ami ne m’entend pas, je commence à fondre comme un glaçon…/…


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